Une histoire préméditée : Chapitre 22

Une heure plus tard… On finit enfin par arriver à l’enterrement. Le cimetière est plein à craquer. Il doit y avoir plusieurs centaines de personnes réunies… C’est hallucinant ! C’est certainement dans ce genre de moment, que l’on se rend compte que oui, beaucoup de gens nous aimaient et que pourtant on leur a filé entre les doigts.

Mon père est parti, mais ma vie ne s’arrête pas ici. Je lui prouverai, moi, comme tous ses proches que oui, on l’aimait et on l’aimera, bien qu’il ne soit plus là. Un jour, viendra mon tour. Le temps des adieux, des pleurs et de la tristesse qui fera basculer les gens heureux, au stade des plus malheureux. Ce jour arrivera, demain, dans dix ans, peut-être même trente, on ne sait pas… Vivre pour mourir, c’est ça la vie.

 


« Adriana- J’étais sérieuse, pour ce que je t’ai dit tout à l’heure… C’était important pour moi, que tu le saches… Dit-elle confuse.
Moi- Arrête, ce n’est pas de ta faute si papa est mort. Dis-je en chuchotant et en lui foutant un coup de coude, discrètement.
Adriana- Pcht ! J’ai raison. Il est mort à cause de moi, j’en suis sûr… Tu sais, dimanche soir, la veille de son décès, on s’est pris la tête. Je l’ai déçu Vincent. Je l’ai déçu et ça l’a tué. Ça a été la goutte d’eau de trop. Je m’en veux… Beaucoup même… Je ne me le pardonnerai jamais. Dit-elle, en laissant quelques larmes s’échapper et couler le long de ses joues.
Moi- Ce n’est pas de ta faute, arrête ! Maintenant viens, on va s’approcher et se mettre tout devant. Maman nous regarde, elle attend que l’on vienne près d’elle. Dis-je en l’attrapant par le bras, pour avancer ensemble et se créer un passage dans la foule. »

On finit par se mettre tout devant. Le prêtre dit son discours et on finit par jeter une poignée de terre, à la fin de notre recueillement. Beaucoup de personnes ont laissé un petit mot et on jeté une poignée de terre sur son cercueil. Beaucoup de gens l’aimaient, même si peu le connaissaient concrètement. C’était un homme bien…

« Alexia- Ça va aller ? Me chuchote-t-elle à l’oreille, en se mettant à côté de moi.
Moi- Oui… Dis-je en retenant mes larmes, avec beaucoup de difficultés. »

Le cercueil descend, l’enterrement est terminé… Tout le monde va rentrer. Tout le monde va passer à autre chose. Tout le monde va l’oublier. Être humain, c’est ça, on existe l’histoire de quelques années, puis deux centaines d’années plus tard, plus personne se rappellera de nous. Nous aurons été comme un brin de poussière, qui se serait évaporé au vent. Comme un bonhomme de neige, qui aurait fondu, puis séché au soleil. Nous ne serons plus rien, même plus qu’un simple souvenir. Nous n’aurons laissé aucune trace de notre existence, pour la majorité d’entre nous. Adriana part devant, tête baissée, l’air triste… Ma mère est, elle aussi, partie devant, les larmes dégoulinant sur sa figure angélique. Et moi je n’ai toujours pas bougé…

« Mattew- Allez, viens. Il faut y aller, tu ne vas pas rester là, toute la journée ! On l’aimait tous, tu sais… Mais maintenant, il faut y aller. »

Je lève le regard du sol et le fige sur Mattew, puis le détourne sur toutes les autres personnes qui restent. C’est-à-dire, une petite vingtaine de personnes, qui n’ont pas encore foutu le camp. Par courage ou par faiblesse, je ne sais pas…

« Moi- Adriana pense que c’est de sa faute… Dis-je en le regardant, l’air évasif.
Mattew- C’est la faute de personne, c’était un accident… Allez, il est temps de rentrer. On va te ramener chez toi.
Moi- Je préfère rentrer seul… Désolé… Merci quand même.
Noah- Pas de connerie, Vincent ! Envoie un sms quand tu es rentré. On te fait confiance, on est là… »

Je ne dis rien, j’hoche la tête, en guise de réponse et commence à partir. Je quitte le cimetière, en regardant les dalles des tombes. Je n’ai jamais vu un cimetière aussi triste et froid. Certes, ce n’est jamais joyeux de se rendre dans un tel endroit, mais une fois qu’on y est pour quelqu’un qu’on aimait, ça l’est encore moins. C’est un moment compliqué… On ne dirait pas, dit comme ça, mais ça l’est. Une brise d’air frais, se met à souffler, je frisonne. J’arrive enfin à la sortie, je quitte les lieux, le regard absent. Je traverse la première ruelle, quand soudain, j’entends une voiture klaxonner ! Je tourne la tête précipitamment, tout en continuant de marcher. Juste un embouteillage…

PAF !

Je trébuche et tombe en avant. En regardant derrière moi, je n’ai même pas vu que quelqu’un était assis sur le muret et je viens de lui rentrer dedans. Être absent, ça cause des bleus, je vous le dis, moi !

« Moi- Sss. Dis-je à voix basse, en serrant les dents, pour ne pas montrer ma douleur.
…- Ça va ?!
Moi- Désolé, je ne t’avais pas… Dis-je en relevant la tête, quand soudain je la reconnais. C ! Dis-je choqué.
C- Je l’avais remarqué, que tu ne m’avais pas vu, banane ! Tu ne t’es pas fait mal ?
Moi- Non, ça va… Qu’est-ce que tu fais ici ?
C- J’y étais, moi aussi… Toutes mes condoléances…
Moi- Tu… Tu quoi ?!
C- J’ai assisté à l’enterrement… Je connaissais ton père. Je le connaissais et il me connaissait. Ou du moins, pas exactement…
Moi- Je ne comprends plus rien, là. Dis-je perturbé.
C- Tu as dix minutes ?
Moi- Bien-sûr.
C- Assied-toi, je vais te raconter, brièvement.
Moi- D’accord… Dis-je en m’asseyant sur le muret, à côté d’elle.
C- À l’époque, ton père était un ami de ma tante. Ça date de quand il était au lycée, donc ça remonte… Pourtant, ils avaient gardé contact. Il y a cinq ans, j’ai dormi chez ma tante et le matin, quand je me suis réveillée, elle buvait le café avec un grand monsieur. Esteban, ton père. Ils sont restés en contact, d’ailleurs, je crois que ma tante connaissait aussi ta mère, mais je n’en suis pas certaine. Ma tante m’avait déjà parlé d’Esteban. Un boxeur fabuleux, elle disait.
Moi- Je croyais que tu n’avais jamais entendu parler de lui ?
C- J’ai menti…
Moi- Pourquoi ils ne sont plus en contact, s’ils s’entendaient si bien ?
C- Ma tante est décédée quelques jours après la visite de ton père… Dit-elle le regard évasif.
Moi- Oh… Je suis désolé…
C- Tu n’as pas à être désolé, tu n’en savais rien.
Moi- C’était maladroit de ma part.
C- Peu importe.
Moi- Hum…
C- Je sais à quel point c’est dur de perdre quelqu’un, donc si tu ressens l’envie de parler, appelle moi.
Moi- Merci, j’y songerais.
C- Bon bah, à demain… Où peut-être tout à l’heure, si tu as besoin de… Enfin, tu m’as compris.
Moi- Si tu as besoin aussi, je suis là… Allez, certainement à demain.
C- Une personne vivante parle. Je ne parle pas… Dit-elle et partit, sans se retourner. »

Que veut dire la dernière phrase de C ? Aurait-elle un sens, bien spécifique ? Est-ce un hasard, qu’elle ait quitté le sud et qu’elle ait emménagé à Paris ?

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