Une histoire préméditée : Chapitre 143 – final

Point de vue de Vincent :

« Adriana- Merci, rentre bien !
Moi- T’es sûr que tu vas gérer ?
Adriana- Mais oui, ça va mieux maintenant ! Et puis je ne vais pas rester seule bien longtemps, maman rentre dans une heure ou deux.
Moi- Bon, bah comme tu veux.
Adriana- Embrasse Cherine de ma part !
Moi- Ce sera fait, passe le bonsoir à maman !
Adriana- Ok, bis ! »
Adriana va mieux, elle commence vraiment à s’y faire et à aller de l’avant ! Sa rentrée en terminale lui a fait beaucoup de bien, dans le sens ou elle n’est pas seule. Elle est entourée. Je sais qu’elle repasse des heures aux téléphones avec ses copines et savoir ça, c’est savoir qu’elle va mieux et qu’elle a franchi un cap, celui de l’acceptation.
En cette dernière année de lycée pour la majorité d’entre nous, nous avons tous appris des bases essentielles, telle qu’aller de l’avant, se méfier ou au contraire lâcher prise et donner sa confiance. L’observation est quelque chose qui nous servira toute notre vie à nous d’en faire bon usage !

Nous avons tous beaucoup perdu, mais nous avons énormément appris. À croire qu’il n’y a que par la souffrance que vient l’intelligence. Qu’il faut obligatoirement se tromper pour arriver au succès.

Un an arrière, je n’étais qu’un enfant, un adolescent irresponsable avec aucune idée de ce que signifier le mot danger. Aujourd’hui, je suis un adulte responsable, un futur parent et j’espère, un bon père de famille, car oui, l’un des plus grands changements dans ma vie restera Chérine et le bébé. Notre bébé. Un bébé que j’aimerais garder, qui va bientôt arriver dans notre monde -on ne sait quand-, mais qui pourtant j’attends avec impatiente et redoute à la fois. J’ai peur. Peur pour Chérine, pour le bébé, pour moi, pour nous, pour sa décision.
Qu’allons-nous faire une fois le moment venue ?

Je ne sais pas et rien qu’à l’idée d’y penser, j’en ai le sang glacé !
Elle n’a suivi aucun cours de préparation à l’accouchement, aucune échographie, rien… On ne sait même pas si le bébé est en bonne santé ou non.
Et pourtant, Chérine n’est pas angoissée, hormis pour le fait d’accoucher, ou là, ça la travaille un peu plus. D’autant plus que ses contractions sont de plus en plus….

—Appel entrant—

Moi- Oui mon cœur, j’arrive, je sors de chez ma mère là.
Chérine- J’ai commencé le travail !
Moi- QUOI ?!
Chérine- Mes contractions sont toutes les minutes depuis dix minutes, je viens de perdre les eaux, les pompiers arrivent !
Moi- Quoi ?? Mais putain je fais quoi ??
Chérine- BAH TU BOUGES TON CUL ET TU ME REJOINS À L’HÔPITAL ALBERT 1er !

—Fin d’appel—

Je choppe un taxi et lui indique l’adresse que Chérine m’a donnée, sur le trajet j’appelle son grand-père ainsi que ma sœur et la bande un à un. Ma sœur me rejoint à l’hôpital, le grand-père de Chérine aussi et Mattew passe dans la journée, les autres ne peuvent pas ce soir.
Le taxi se gare, je lâche un billet de cinquante et détale tel un lapin se ruant à l’accueil de l’hôpital.

« Moi- Je cherche Chérine Hernandez ! Elle est arrivée il y a moins d’une heure, elle va accoucher !
La secrétaire- Vous êtes de la famille ?
Moi- Le père !
La secrétaire- Service gynécologique, deuxième étage sur votre gauche, salle 2.
Moi- Merci !
La secrétaire- Félicitations ! »

*Point de vue de Chérine*

Mes contractions sont complètement différentes de celle que je ressentais avant, c’est une douleur intense, que je ne connaissais pas. La sage-femme m’a administrée l’électrocardiogramme pour s’assurer de ma réaction lors de l’administration de la péridurale. Lorsqu’elle m’a demandé qui était mon gynécologue, j’ai dû expliquer de manière rapide et efficace que j’avais fait un déni de grossesse, puis lorsque je l’avais appris, j’ai décidée de mener ma grossesse hors-service médicale. Je m’en suis pris plein la gueule, concernant les risques auxquels je m’étais exposée pour mon bébé et moi, mais autant vous dire que ça rentrait et ressortait de l’autre côté aussitôt, la douleur me domine et la péridurale n’a pas encore fait totalement effet.
Pas de mauvaise réaction en vue.
Le gynéco me place le gèle pour me faire l’échographie et m’explique qu’on va me mettre sous monitoring pour s’assurer que le cœur du bébé va bien.

*clac clac clac*

Les lumières s’éteignent une à une, plongeant l’hôpital dans un noir complet.

« Moi- Qu’est-ce qui se passe ??
Infirmière- Appeler la chef de service ! Il nous faut un générateur !
Moi- Qu’est-ce que si se passe ?!
Infirmière- Une coupure de courant généralisée, détendez-vous, ça va allez. »

Vincent rentre dans la salle d’accouchement vêtu d’une blouse, d’une charlotte, d’un masque en carton et de gants en lastex.

« Moi- Mais tu étais où !?
Vincent- Ça va ! Putain je suis désolée, j’ai pris le taxis, ton grand-père et ma sœur vont venir, comment tu te sens ?!
Moi- Mal ! J’ai peur Vincent…
Vincent- Eh, chute, calme-toi ok ? Tout va bien se passer, je suis là, tu es très bien entourée et le gynécologue et les infirmières vont t’aider, c’est compris ? Ils vont régler ce problème du courant. »

J’hoche la tête, mais ne l’écoute pas. Le courant revient enfin, soulagement !
La péridurale à complètement fait effet, l’infirmière commence l’échographie.

« L’infirmière- Vous avez trouvé des prénoms où vous n’êtes pas encore décidée ?
Vincent- Pas vraiment…
Moi- On ne sait pas si on va le garder. J’en ai parlé à la sage-femme, on va en discuter après l’accouchement, elle m’a dit que j’avais trois mois après l’accouchement si je voulais le faire adopter.
L’infirmière- Ce n’est pas facile lorsqu’on est jeune… Vous êtes très courageuse !
Vincent- Comment il va ?
L’infirmière- Les deux vont très bien !
Moi- LES DEUX ?!!
L’infirmière- Vous attendez des jumelles mademoiselle !
Vincent- Des jumeaux ?!
Moi- Putain mais dites-moi que c’est une blague ! Dis-je en explosant en sanglots.
L’infirmière- Deux petites princesses, la première est de 2k440gr pour 42 cm et la deuxième est de 1k950gr pour 36 cm, elle est plus fragile, mais à l’air de bien se porter. Ne vous inquiétez pas. »

Après l’échographie et la monitoring, l’infirmière nous quitte quelques instants pour aller chercher le restant de l’équipe pour commencer le travail. Je sanglote, littéralement tétanisée.

« Vincent- Viens là. »

Il me sert contre lui, j’entends les battements de son cœur se synchroniser avec le mien.

« Moi- Un je n’étais pas forcément pour, mais alors deux, Vincent je sais pas… »

Je ne m’en sens pas capable. Je suis complètement déconnectée de l’instant présent, je suis ailleurs…
Le gynécologue qui assiste les infirmières nous a rejoint, le travail commence.
Tout en les écoutant, en restant concentrée sur mon souffle et en broient la main de Vincent qui lui hurle autant que moi (à croire que c’est lui qui accouche), j’erre dans mes pensées.
Le temps me semble s’être figé, je me rends compte que c’est maintenant. Que je suis en train de devenir maman et que je ne sais toujours pas quoi faire…
Logan, si tu m’entends de là où tu es, donne-moi un signe.
Si seulement tu étais là… Au moins, toi, tu aurais su me dire quoi faire. Tu ne connaîtras jamais la Chérine qui est devenue maman, tu ne sauras jamais de là où tu es si j’aurais écoutée le conseil que tu m’aurais donné, le garder, ou le faire adopter ?

« Le gynéco- Pousser, pousser, pousser on y est presque ! »

J’exécute ce qu’on me dit, c’est-à-dire pousser de toutes mes forces.

« Vincent- Allez mon cœur, souffle, souffle, tu y es presque ! »

Je suis exténuée, j’ai l’impression que le temps ne passe pas, ça fait plus d’une heure que nous y sommes, peut-être même deux et toujours rien…
L’esprit toujours vagabond, me demandant quelle décision prendre, il se pavane. Le garder ? Mais au détriment de quoi ?

« La sage-femme- Félicitations ! Dit-elle déposant le premier bébé au niveau de ma cage thoracique. »

Je tourne la tête vers Vincent, il pleure, je pleure aussi, je n’arrive pas à croire que… Que c’est de moi. Que c’est ma fille.
L’infirmière me la prend pour l’emmener la nettoyer, l’habiller… Tandis que le gynécologue obstétricien termine le travail avec la sage-femme et une autre infirmière.

« La sage-femme- Pousser, pousser, pousser, vous y êtes presque ! »

Vincent me serre la main au plus fort qu’il puisse le faire sans pour autant me blesser, il est d’un énorme soutient, vraiment… !

« La sage-femme- Et voilà sa sœur, c’était super, bravo ! »

Vincent coupe une nouvelle fois le cordon ombilical qui l’a relié à moi, qui les reliaient à moi. Il me la pose elle aussi sur le thorax, puis la reprend pour la ménager elle aussi.
Après énormément de fatigue, on me descend en maternité accompagnée de Vincent à mes côtés.

« L’infirmière- Parfait, reposez-vous le temps que vos filles sont en couveuse, on vous les emmène d’ici une heure. »

Elle quitte la pièce.

« Vincent- Tu as été super, je t’aime.
Moi- Moi aussi je t’aime…
Vincent- Comment tu te sens ?
Moi- Terriblement fatiguée et…
Vincent- Et ?
Moi- Perdue. Larguée. »

Il place sa main sur mon épaule l’air de dire « tu te rappelles tout ce qu’on a traversé toi et moi ? Tu te rappelles à Tahiti . À la Réunion ? Tu te rappelles les montagnes que nous avons gravies ? Je t’ai jamais abandonné, alors fais-moi confiance. Tu sais autant que moi que je ne te décevrais pas.

Trois bonnes heures ont passé. Celle où j’étais censé me reposer, qui m’a tout compte fait marmonner dans ma tête encore et encore une décision qui s’impose et deux autres où mon grand-père, Adriana et Mattew on était à nos côtés et ont vu les deux petites… Les deux petites…
Lorsqu’ils sont partie, j’ai demandé à parler à une infirmière. Elle m’a dit qu’elle terminait sa ronde et qu’elle passerait dans peu de temps.

Les deux petites vont bien. Elles pleurent, elles dorment, elles mangent. Je ne les ai pas haleté et je ne compte pas le faire… Le biberon leur ira très bien.
Elles sont jolies, elles ont des traits de Vincent et moi, ce sont des minis-nous ! Ça me fans le cœur de me dire qu’elles n’auront pas un chemin de vie dit « classique » et qu’elles sont marginales dès la naissance.
J’aime Vincent, je l’aime plus que tout, il est indépendant maintenant, mais moi, à part le bac qu’est-ce que j’ai ? Rien du tout… Je ne pourrais jamais mener la vie que j’ai toujours voulue avec des enfants à ma charge. Je sus bien trop jeune et surtout pas prête, en y réfléchissant bien c’est une évidence. Après tout, donner la vie à son enfant, c’est aussi lui offrir une mort… Et je ne tiens pas à être responsable.
J’ai trop d’amour à donner, trop de fragilité qui pourrait me détruire, trop de gentillesse qui pourrait faire effondrer des murailles entières, je dois être sûr de moi, je ne dois pas prendre le moindre risque.

« Vincent- Je respect ton choix.
Moi- Je t’aime…
Vincent- T’es la femme de ma vie Chérine… »

L’infirmière rentre dans la pièce, pose le formulaire sur la table avec un stylo bic et dépose un regard sur les filles, sur Vincent, puis sur moi.

« L’infirmière- Vous avez pris votre décision ?
Vincent et moi- Oui, nous avons choisi. »

Fin ?[…]
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Un grand merci à tout mes lecteurs, c’est grâce à la critique que j’avance, l’écriture évolue au même titre que moi, c’est juste fou et c’est en partie grâce à vous ! On achève ensemble un an et demi d’écriture, consacré à l’histoire  » Une histoire préméditée « , merci pour tout, merci d’avoir lu et de m’avoir soutenue !
Je compte sur vous pour noter l’ensemble de l’histoire, de me dire si elle vous a plus, les bons et les mauvais côtés, critiques constructive accepté avec grand plaisir ! 🙂

Merci beaucoup, je vous aime ! <3

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