Une histoire préméditée : Chapitre 142

Deux heures que nous sommes là. Dans le sable, à profiter de la brise marine. Nous avons longé le port, sans vraiment parler. Des enfants faisaient du vélo, tandis que d’autres étaient en rollers ou bien qu’ils jouaient au ballon. Ah, l’enfance… Le moment où tu ne sais pas ce que te réserves la vie, où tu te préoccupes de bien apprendre tes verbes et de ne surtout pas rater le dernier épisode de Barbapapa, sinon… Ça serait dramatique ! Non je rigole… C’est vraiment important de regarder Barbapapa. Prenez exemple sur ses petits !Haha…
Non, je n’arrive toujours pas à rigoler à mes blagues pourries, même si j’ai enfin retrouvé mon humour à la con.
Aujourd’hui, étant donné que j’ai deux jours de repos -mes deux jours du mois, de mon premier mois de travail!-, Mattew, Noah et moi sommes partis vers Perpignan, dans le sud de la France, profiter de beaux paysages et de la fin de l’été. Et à vrai dire, si nous sommes ici, ce n’est pas un hasard.
Le trajet nous a paru long, ce n’est pas la porte à côté. Nous avons réservé une chambre pour la nuit, nous reprenons le train cette après-midi. Hier, nous sommes sorties en boite pour nous amuser, nous n’avons pas bu une goutte d’alcool. Je pense qu’avec les circonstances antérieures, ni eux, ni moi n’avions envie de boire. La leçon a été rude et difficilement encaissable.
C’est aussi le pourquoi nous nous retrouvons ici, pour encaisser.
J’étais aussi très angoissé de partir deux jours loin de Chérine, celle-ci qui vit mal la solitude, le fait de ne rien faire, qui angoisse pour l’accouchement. Mon dieu l’accouchement… Je n’ose même pas y penser ! Et pourtant, elle a de plus en plus de contractions, elle est presque a terme. Elle est censée accouchée dans… Même pas trois semaines, putain ! Et rien n’est prêt, si jamais on décidait de le garder ! Enfin, d’après Chérine. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que ma mère a encore toutes les affaires de bébé de ma sœur et moi, qui sont en plus de ça en très bon état ! Il y aurait tout ce qu’il faut et quoiqu’elle en pense, moi, je me sens prêt.
Après un long silence, nos regards finissent par s’accrocher. Noah balance les premiers paroles :

« Noah- C’était mon meilleur ami, mon frère…
Mattew- C’était un super pote.
Moi- Un bon gars… Je crois qu’il est inutile de dire que nous regrettons tous, si ?
Noah- Ouais, ça n’en vaut pas la peine.
Mattew- Cela a fait un choc à tout le monde, nous ne sommes pas seuls…
Noah- Nous ne sommes pas seuls ouais… Et pourtant on se sent tous incompris. Comme si que les autres ne pouvaient pas imaginer, on se sent à part, marginal et pourtant on traverse tous la même épreuve… C’est dur putain…
Mattew- Ouais… Mais on est fort ! Il faudrait qu’on soit fort comme il l’était lui aussi ! On doit se battre et on doit prendre ce qu’il nous a inculqué.
Moi- La loyauté…
Noah- Le courage…
Mattew- La gentillesse…
Noah- Et toutes ses autres qualités…
Mattew- Si on est là, c’est pour prendre du recule sur la vie. La bande c’est réduite, le lycée est fini. On devient, aux yeux de la loi, de grandes personnes qui doivent agir en tant que telle. Nos chemins vont continuer à se séparer, on va tous prendre des chemins de vie différent, mais malgré ça, je ne veux pas qu’on balaye tout. Ça serait du gachie…
Moi- On est là pour faire le deuil du passé, de Logan…
Noah- Aujourd’hui, c’est l’acceptation d’une fin, pour laisser place à une nouveauté d’arrivée. Je ne sais pas à quoi ça va rimer…
Mattew- Et personne ne le sait, on est tous bien placé pour en déduire que ni vous, ni moi connaissons l’avenir…
Noah- Et qu’on le veuille ou non, un jour il faudra avancer avec.
Moi- Car la vie ne nous attend pas. Elle trace sa route, sans se soucier des boulets qui se laissent traîner là-bas derrière ou de ce qui l’on devançait.
Mattew- Le jour où tu la devances, c’est que tu as compris, alors, c’est la mort qui t’attrape, et tu pars…
Noah- Il était intelligent, mais aujourd’hui je lui dis adieu, j’aurais voulu qu’il reste, mais maintenant que je réalise que c’est trop tard pour qu’il le fasse, qu’il parte et qu’il trouve la paix. Il le mérite.
Moi- Nous t’aimons.
Mattew- Pour toujours. »

Assis en rond dans un sable limite froid, pas encore réchauffé par le soleil, nous avons pris la décision de faire le deuil du passé pour pouvoir avancer. Ce n’est pas parce que nous allons de l’avant, que nous l’oublions, que nous oublions le passé ou que nous ne l’aimons plus, bien au contraire.

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