Une histoire préméditée : Chapitre 113

*Point de vue de Chérine*

L’homme se nomme Ed. En réalité, il s’appelle Edy, mais il préfère Ed.
Grand, très grand : deux mètres 02 nous a-t-il dit.
C’est le chauffeur de la famille de Julia. Pas d’inquiétude à avoir d’après les jumelles, enfin bon. La méfiance ne s’en ira pas, que ça soit lui ou le chat du voisin.
La haine coule de source.

La vengeance se trouve partout.
Un monde de brute assoiffée. Un gendarme se dirige vers nous. On se lève.

« Le gendarme- Mr Visentini et Mlle Hernandez c’est bien ça ?
Vincent et moi- Oui. Le gendarme- Et vous vous êtes Edy je présume ?
Ed- Ed, reprit-il.
Le gendarme- Ici ce sera Edy. Je suis le brigadier Jock, c’est moi qui vais me charger de l’affaire. Votre dossier m’a été transmis de la Réunion, histoire qui n’a pas mal fait parler l’équipe si je puis dire.
Bon. Nous avons porté un avis de recherche, leurs domiciles respectifs étaient vides et nous n’avons pas encore obtenu de mandat, ce qui ne saurait tarder.Pour le moment, nous allons vous placer sous protection judiciaire. Étant donné que vous étiez tous deux mineur au moment des faits, ils risquent gros.
Vos responsables légaux ont été mis au courant de l’affaire. Il y avait eu un avis de disparition porté pour la demoiselle, qui a été retiré lorsque le dossier nous a été transmis. Vous ne risquez plus rien.
Mais restez prudent.
Notre équipe va devoir vous suivre, 24h/24h.
Vincent- Comment ça ?
Le gendarme- De loin ne vous inquiétez pas, ils seront discret.Et si il y a le moindre problème, voici ma carte personnelle. Au moindre problème, joignez-moi au numéro ci-dessous. Compris ? »

Chérine et moi hochons la tête en signe d’approbation.
Carte en main, nous sortons du commissariat et rejoignons la voiture.
Nous sommes à vingt-minutes de chez Vincent et trente-cinq/quarante de chez moi.
Mon grand-père doit se languir de me revoir, saine et sauve. Il me manque tellement… Il a dû avoir tellement peur…

*Point de vue de Vincent*

Le contact s’arrête, je regarde par la fenêtre et reconnais ma maison. J’ai l’impression que beaucoup de choses ont changé… Ça me fait tellement bizarre de revenir ici. Je suis si content de retrouver mes repères ! Et pourtant, celle-ci est gâché par le stress et la peur qui m’envahissent.

« Ed- Nous sommes arrivés, il est temps.
Moi- Merci beaucoup… »

Je lance un dernier regard à Chérine, lâche sa main et l’embrasse avant de sortir du quatre-quatre.
J’ai vraiment du mal à la laisser.
Et si sa mère frappait à nouveau ? Et si je ne la revoyait plus ? Et si c’était la toute dernière fois ? Et que demain, elle n’était plus là ? Qui me dit qu’elle sera encore vivante d’ici là ? Qui me dit qu’elle ira réellement bien, sans que je m’en assure par moi-même ? Qui me le dit hein ? Personne…
L’insécurité, un sentiment déstabilisant, qui fait régner une angoisse permanente.
Je sais qu’on est sous protection judiciaire, mais qui me dit qu’ils ne seront pas plus malin encore ? Ce sont de vrais tordus… Et je n’ai pas l’esprit tranquille de la laisser, mais il est temps… Il est temps.

Pas à pas, je me rapproche de la porte d’entrée. Je toque ? Je ne toque pas ? Je sonne peut-être ? Ou bien je rentre comme ça ? Qu’est-ce que je fais ? Je ne sais pas… Bon, je rentre. Allez, je rentre !
Je finis par rentrer, je reconnais immédiatement la maison. Elle est propre. Rangée. J’ai vraiment l’impression qu’une décennie est passé… Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?
Je ne devrais pas tarder à avoir des réponses à mes questions.
Je lâche mon sac devant la porte et m’avance. La maison est calme. Personne n’est au rez-de-chaussé.
Elles étaient pourtant informées que je revenais aujourd’hui… Je ne comprends pas. J’espère qu’elles vont bien… Putain, j’espère qu’elles vont bien.
L’angoisse me monte tandis que je m’aventure au premier étage. Quand soudain, j’aperçois Adriana sortir de sa chambre et elle me voit à son tour. Ses cheveux ont poussé, elle a l’air d’avoir perdu un peu de poids. Elle semble tout autant surprise que moi que nous nous retrouvions. Elle place une main devant sa bouche, sous le choc, sans vraiment réaliser ce qu’il se passe, sans comprendre que je suis bien là, devant elle, que ce n’est pas un rêve, que c’est réel. Les larmes lui montent aux yeux, elle réalise enfin, lâche ce qu’elle a dans les mains et au même moment on court se réfugier dans les bras de l’un et de l’autre.

« Moi- C’est fini, je suis rentré. Ça va aller, je suis là. »

Ma sœur est moi, ça a toujours été « chien et chat », mais on aura beau se vanner, s’insulter, s’engueuler, je l’aime. Et on ne touche pas à ce que j’aime ! Jamais.
À vos risques et périls…

« Adriana- Tu m’as tellement manqué, quand j’ai vu que tu ne revenais pas, ni toi, ni Mattew, j’ai tout de suite compris qu’il y avait un problème ! Papa, puis maman et maintenant toi, je te jure Vincent, c’était horrible, j’ai fini par aller déposer un avis de recherche, c’est Noah et… Noah qui m’a accompagné, tout le monde étaient inquiet, on te croyait mort putain ! dit-elle sanglotant.
Moi- Eh, calme-toi ! Je vais bien, regarde ! Je suis en vie, je suis devant toi ! On aura tout le temps de parler de ça, mais en attendant calme-toi, c’est terminé ok ? »

Elle m’enlace davantage.
Ça me fait trop bizarre de me dire que  » je fais un câlin à ma sœur  » et que non, il ne neige pas pour autant !
Comme quoi, il faut profiter des personnes qu’on aime tant qu’il en est encore temps, car demain, elles ne seront déjà peut-être plus là.

« Moi- Où est maman ?
Adriana- À l’épicerie. Elle voulait faire un gâteau… Mais il lui manquait des ingrédients…
Moi- Oui, on connaît maman… Dis-je essayant de la faire rire.
Adriana- Toujours aussi con ! Dit-elle en m’envoyant une tape dans l’épaule avec un petit rictus aux coins des lèvres. »

Elle se retient de rire, je la connais.

« Moi- Vas-y rigole ! Je sais que tu te retiens, t’as une tête de poule quand tu te retiens de toute façon !
Adriana- Et on en parle de ta tête de chèvre ou ça se passe comment ? »

On éclate de rire.
Je retrouve ma sœur. Enfin.
Pour la première fois depuis, il me semble une éternité, je me sens apaisé. Sereins.

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