Une histoire préméditée : Chapitre 112

*Point de vue de Chérine*

On dit qu’une rencontre, un voyage, un regard, ou toutes autres choses, peut changer le cours d’une histoire.
Un peu comme si que la vie que nous vivions se résume à un amas d’étapes à franchir, avec la dernière en connaissance : la mort.
La fameuse étape finale.

Le genre d’étape qu’on peut sentir arriver, qui nous glace le sang au moment venu, qu’on frôle, une fois, ou peut-être deux ou même trois et pourquoi pas plus ?
Pour les moins chanceux, la mort frappe et les achèves d’un coup sec, comme si que celle-ci avait exécutée « le fameux coup du lapin ».
Un coup sec porté sur la nuque, censé tuer la personne sur le coup, d’où l’expression.

« Vincent- Tu rêvasses ? »

Je lui adresse un sourire approbateur.
Parler avec un nœud dans le ventre, une boule dans la gorge, le cœur qui palpite et la tête surchargée de penser ? Très peu pour moi, merci bien !

« Vincent- Je vois bien que ça ne va pas… Soupir t-il. »

Mon silence le fait poursuivre dans sa conversation, entament un monologue, en espérant ouvrir un dialogue avec cette fille assise à côté de lui, celle qui a cette crainte ancrée en elle, celle qui a la peur d’ouvrir la bouche et d’aligner trois mots.
L’angoisse la ronge.
Elle est possédée par l’inquiétude qui sommeil en elle.
Cette fille ? C’est moi.

« Vincent- Et bref, tu verras que ça se passera bien. On est en sécurité à présent. »

Mon regard soucieux le fait poursuivre dans ses paroles rassurantes qui, malheureusement, ne change rien à mon état. Il finit par se taire, comprennent que rien ni personne ne pourra me changer les idées. Pas cette fois en tout cas.

« Moi- Tu sais, ce n’est pas contre toi… Finis-je par dire d’une voix timide.
Vincent- Je sais bien… T’inquiètes pas.
Moi- C’est juste que, ça fait beaucoup d’un coup, tu comprends ?
Vincent- Je sais, je le vis aussi, tu te rappelles ? »

Sur ce ton de reproche, je me tais, enfonçant ma tête contre mon thorax, telle une coquille d’huître refermée sur elle-même et pourtant vide à l’intérieur, mais à la fois remplie d’un trop plein d’émotions et de sentiments.
Le paradoxe.

« Vincent- Ce n’est pas ce que je voulais dire… »

Je me contente de le regarder sans lui adresser la moindre réponse.
Il sait que ce putain d’atterrissage m’angoisse au plus haut point. Il le sait merde.
Et je sais autant que lui qu’il a vécu ce que j’ai vécu. Alors, ses reproches à deux balles dans un moment comme celui-ci en prime, qu’il se les gardes !

« Vincent- Excuse-moi… »

Je pose ma main sur la sienne en signe de paix, tandis qu’une annonce ce fait.
L’avion est sur le point d’atterrir.
Je prends une grande inspiration. C’est le moment de prendre sur soit et d’affronter le mal pour aller bien. La confrontation… Il n’y a donc que ça qui marche vraiment ?
Mon regard se mêle au sien, c’est le retour en France, la fin d’un voyage qui a viré au désastre, la reprise d’un cours de vie dite « normal ». Du moins, je l’espère.

« Vincent- Ça m’a vraiment fait de la peine quand j’ai dit au revoir à Julia… »

Il s’arrête là, comme si que prononcer le prénom de sa jumelle attirerait mes foudres… Il n’a peut-être pas tort. Il commence à bien me connaître finalement.

« Moi- Elle a pleuré. Lui dis-je, le cœur serré.
Vincent- Beaucoup pleurée. C’est vraiment une bonne personne et c’est hallucinant à quel point on a pu se lier d’amitié, un bon petit groupe on était, hein ?
Moi- On fera des skypes ! Dis-je d’une voix enthousiasme pour lui redonner le moral, qui lui, chute en flèche. Je reprends : Elle me l’a laissée avant de partir. Et puis, ce n’est pas comme si qu’elle m’avait laissée le choix… Elle voulait surtout s’assurer que l’on aille bien prévenir de notre arrivée au commissariat.
Comme si qu’on avait le choix. Lâchais-je dans un soupir d’exaspération.
Vincent- Tu sais autant que moi qu’ils ont raisons. On doit le faire. Ils doivent payer tu entends ? On ne doit pas laisser la peur dominer, on est plus fort que ça t’entends ?!
Moi- Oui, je sais, mais… J’ai peur.
Vincent- C’est normal d’avoir peur. La peur fera des apparitions et restera présente toute ta vie, la peur est une émotion et elle ne s’effacera pas. La peur se surmonte, la peur se gère, la peur se comprend.
Moi- C’est difficile…
Vincent- Oui ça l’est, mais le point positif c’est que ça s’apprend ! »

L’avion a atterrie, on est invité à descendre de l’appareil et de nous rendre dans le hall pour récupérer nos bagages.
Mes pas sûr le sol français me rappelle qu’est-ce qu’est l’hiver, ce qui me fait bien regretter l’espace d’un instant la chaleur de la Réunion, voir même de Tahiti.
Une fois nos bagages récupérée j’enfile un gros pull en laine, un cadeau de mon grand-père. Il me l’avait offert juste avant que… Enfin vous voyez. Ma mère, tout ça… Ma disparition dans un premier lieu, enfin tout ce stratagème qui nous a mené à l’autre bout du monde, 24 heures de vol, 12 heures de décalage horaires, le changement de température colossal, sans oublier l’état d’esprit des Parisiens.
« Métro, boulot, dodo, stress, stress, stress, bruit, stress, stress. »
À m’entendre ruminer, ce n’est pas plus mal d’être rentré à bon port et puis cette fois-ci d’un vol direct.
Trop de choses me manque et le stress de Paris reste de la rigolade comparée à ce qu’il s’est passé, il y a une semaine de ça.
Le temps de nous remettre de nos émotions, histoire d’avoir un teint un peu moins blafard et surtout d’arriver à camoufler notre mine choquer des événements passés.
Camoufler oui…
Ceci sont gravés.
Choque émotionnelle d’après le psychiatre que le père d’Arthur nous a fait consulter, juste histoire d’évacuer un peu.
Il est vrai que pour ma part, ça m’a enlevé un certain poids de pouvoir me libérer auprès de quelqu’un d’inconnu qui n’est pas là pour me juger, simplement là pour m’écouter et même si le début de l’entretien été compliqué en vue de mon silence, je me suis résignée et j’ai fini par parler, raconter, pleurer…

« Extériorisé, allez-y, lachez-vous, c’est bien, c’est ce qu’il faut ! » M’avait encouragé le psychiatre Zavelven.
Un homme à l’écoute, aidant.
C’est aussi lui qui m’a raconté comment est-ce que la procédure judiciaire aller se passer. Verrons s’il disait vrai.
Vincent, lui, ne m’a pas parlé du comment s’est passé l’entretien. Il est resté très vague, pas une réponse précise à ce sujet-là. Quelque chose de sûrement encore trop douloureux à me dire, ou bien il cherche peut-être simplement à me protéger. Protéger le peu qu’il peut encore sauver de l’épave que je suis devenue.
Je n’ai jamais été le beau navire qui longeait les côtes, je me suis contentée d’être une barque. Une petite barque qui passe bien souvent inaperçu aux yeux des gens, ou du moins, avant.
Puis une tempête est passé et…
Épave.

« Moi- Tiens, ce n’est pas lui là-bas ? Dis-je en pointant du doigts un grand gaillard en costume rouge, une rose rose à la main droite en signe de reconnaissance.
Vincent- Si, ça a l’air d’être le mec donc les parents d’Arthur nous ont parlé. Au pire on demande ? »

La boule au ventre, on s’avance tout deux droit sur cet homme qui pourrait bien être l’homme qui doit nous conduire en premier lieu au commissariat, avant de nous ramener chez nous, après deux mois et demi d’absence.

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