Une histoire préméditée : Chapitre 108

*Point de vue de Chérine*

D’après le plan de Vincent, le meilleur moyen serait de se laisser porter par le courant. Après tout, ce n’est pas comme si qu’on avait trente-six solutions.

« Vincent- Il faut que tu me lâches Chérine. »

Je le regarde et le sers dans mes bras, comme si que c’était la dernière fois.
Quelques larmes coulent sur mes joues, un mélange de peur et de tristesse. Si jamais on venait à mourir prochainement, c’est à lui que j’accorderais mes dernières pensées.

« Moi- On nage indépendamment, c’est ça ? »

Vincent hoche la tête et tente de me rassurer du mieux qu’il peut. Il sait que ma peur peut me faire paniquer, perdre absolument tous mes moyens, au point que mon cerveau déconnecte et me laisse couler, sans rien dire, sans rien faire.

« Vincent- C’est ça. Dit-il en s’emparant de mes lèvres, puis ajoute : Il est temps. »

D’un regard anxieux, je lui tiens la main du bout des doigts, puis finit par lâcher, me laissant emporter par le cour de l’eau.
Vincent lâche prise aussi.
Voilà deux êtres qui s’aiment à l’eau, en luttant pour survivre, en tentant le tout pour le tout, puisque même si ils ont peur, ils n’ont pas le choix s’ils veulent vivre. Ils survivent.

Quelques mètres plus loin, je commence à ressentir la fatigue, ainsi que le froid de l’eau qui me glace le sang, malgré que le soleil tape.
Le courant commence à s’accélérer de nouveau.
Au loin, j’aperçois quelque chose de noir qui flotte, entraînée par les flots. Je me décide à nager plus vite pour voir de quoi il s’agit. Je sens bien le regard à la fois interrogatif et paniquant de Vincent, qui doit se demander ce que je fabrique.

Qu’est-ce que je fais ?

J’essaie de m’en sortir, en me disant que parfois, comme mon père me le répéter lorsque j’étais plus jeune « La curiosité n’est pas un vilain défaut Chérine… C’est la solution de l’énigme ».
Bien-sûr, j’étais trop petite pour comprendre ce que cela voulait dire et quand je lui demandais la signification, il me répétait qu’il m’expliquerait quand je serais plus grande « Tu es bien trop petite pour comprendre ma princesse » me disait-il avant de retourner à ses occupations.
Mon père m’aimait beaucoup.
C’était un homme bon, contrairement à ma mère, qui elle, à quelques problèmes psychologique.
Je me demande parfois si elle a un bon fond ? Ou si c’est juste son cerveau qui la fait partir « en couille » comme dit l’expression française.
Malheureusement, ce jour n’est jamais arrivé. J’ai grandi et papa est parti. De là où il est, je suis sûr qu’il veille sur moi. Il me protège et m’observe.

Je finis par m’approcher assez près de l’objet pour visualiser ce que c’est : Le sac à dos que nous avions ! Nous l’avions perdue lorsque la barque a cassé, je ne m’en étais même pas rendu compte !
Je le saisis, simultanément je sens le courant s’accélérer d’un coup. Pris au piège dans des rapides bien plus virulent et dangereux que les précédents, sans oublier la force qui me manque dû à l’épuisement, je me mets à paniquer, je regarde tout autour de moi en cherchant Vincent des yeux, les éclaboussures me brouillent la vue de nouveau, je me cogne contre je-ne-sais-quoi et tout devient flou…

*Point de vue de Vincent*

Au loin, je vois les rapides, ainsi que Chérine qui se met à nager bien plus vite, en fonçant tête baisser droit sur ce court d’eau qui m’a l’air bien plus fort.
Je me mets à nager, moi aussi, en essayant de me rapprocher davantage pour pas que nous nous perdions de vue.
Plus prêt, j’aperçois enfin le sac que Chérine parvient à récupérer, au même moment où l’accélération de l’eau se fait plus forte et qu’elle se retrouve submergée par l’angoisse. Elle est fatiguée, elle a peur de l’eau, elle panique, j’aperçois son corps frêle frapper brutalement contre un rocher qu’elle n’a sûrement pas vue, puis plus rien. Elle se met à disparaître, comme si qu’elle n’avait jamais existé.
C’est alors que je comprends qu’elle a dû perdre connaissance et couler.
Je pousse des hurlements, je hurle son nom aussi fort que je le peux, tout en agitant mes jambes et mes bras pour la retrouver avant… Avant qu’il ne soit trop tard.
Je plonge la tête sous l’eau et m’efforce à ouvrir les yeux. Putain Chérine, mais où es-tu ?
Je distingue ses longs cheveux bruns entortillées autour du sac noir qui flotte à la surface de l’eau, je hurle de plus en plus fort son prénom, en espérant qu’elle m’entende, qu’elle revienne à elle, qu’elle sorte la tête de l’eau pour prendre une bouffée d’air, juste une… Ce serait « la bouffé d’air » celle qui lui permettrait de rester en vie le temps que j’arrive.

Je finis par l’atteindre, je l’attrape par la taille, son corps est lourd, la fatigue me gagne, les courants sont forts et m’empêche de la surélever.

Je remplis mes joues d’une grosse bouffée d’air fraie et plonge sous l’eau. Je remarque alors que la profondeur de celle-ci est moins profonde qu’avant. Je parviens à la porter, à lui faire sortir la tête du courant. Chérine je t’en supplie, reste avec moi… Reste avec moi.

Tout en tentant de la garder hors de l’eau, je remonte à la surface pour reprendre mon souffle. Je remarque que nous ne sommes plus pris dans les rapides et que nous avons rejoint une eau plus calme. De retour sur un lac, mais pas le même lac que la dernière fois. Il n’y a plus le ponton, la cabane ou encore les grands pommiers. La verdure est beaucoup moins présente et je peux apercevoir de là où nous sommes un grand portail grisâtre. Je m’apprête à nager jusqu’à la rive avant de me rendre compte que j’ai pieds. Une fois mes oreilles ayant frôlé le sol, je comprends que je peux arrêter de m’efforcer pour rien. J’attrape Chérine comme une princesse et la dépose sur la terre ferme.

Je colle mon oreille contre sa poitrine pour sentir sa respiration, pour entendre son cœur battre… Mais rien. Rien.
Pris de panique, je me mets à hurler son prénom, je lui crie de rester avec moi. Dans ma tête, les images défiles, je vois ma vie défiler, les derniers jours passés à ses côtés me hanter.
Tu n’as pas le droit de mourir Chérine… T’as pas le droit de me quitter, pas toi, pas après tout ce que t’as vécu, tout ce que nous avons vécu…
Je commence à exécuter un message cardiaque… Un deux trois quatre cinq… Souffle. Souffle. Souffle. Allez Chérine revient, revient, je t’en supplie…
Un deux trois quatre cinq… Souffle. Souffle. Souffle.
Ne me quitte pas, pas après tout ça.
Un deux trois…

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