Shade : Chapitre 1

Les murs de cet endroit sont gris, des plantes sont dispersées un peu partout. Les volets de la fenêtre sont ouverts, mais la fenêtre en elle-même ne l’est pas. Une horloge se situe en haut de la porte d’entrée faisant des tic-tac permanents. Un bureau se trouve devant cette vitre et une dame est assise sur un fauteuil écrivant depuis le début de l’heure certaines choses que je cite.

– Peux-tu me parler de cette… Fille ? Commença-t-elle.

Elle n’avait pas parlé depuis quelques minutes, nous plongeons dans un silence noir.

– Elle est brune. Dis-je.

Elle s’arrête d’écrire posant son stylo sur le bureau, attendant que je continue. Mais je ne le fais pas.

– Peux-tu me dire autre chose sur elle ? Demanda-t-elle.

L’horloge me dérange, les deux aiguilles n’arrêtent pas de tourner en rond, je n’aime pas ça. Je reste sagement allongé sur un long fauteuil.

– Elle a les yeux bleus. Ajoutai-je.
– Sont-ils beaux ? M’interrogea-t-elle.

Je ne savais pas vraiment comment les décrire. Je ne suis pas doué en ça.

– Elle me fixait pendant un moment. Je me noyais dedans. Continuai-je.
– Pourquoi ? Demanda-t-elle.
– Ils sont bleu océan. Et je ne sais pas nager. Terminai-je.

Elle attendit quelques secondes, le temps de comprendre ce que je venais de dire puis, elle reprit son stylo et continua d’écrire. Sur son bureau se trouvaient différentes choses. Une plante. Un verre rempli de stylos. Je suppose qu’elle n’avait pas de boîte pour les placer. Des dossiers, une agrafeuse, une tasse de café. C’est un vrai désordre.

– Pourquoi, ne rangez-vous pas votre bureau ? Dis-je.

Elle avait l’air tellement concentrée sur ce qu’elle écrivait que lorsque j’ai pris la parole, elle a presque sursauté. C’est marrant à voir. Elle enlève ses lunettes en les posant.

– Tu n’aimes pas le désordre ? Questionna-t-elle.

Je suis un peu compliqué à vivre, je n’aime pas grand chose. Beaucoup de faits banals peuvent m’énerver.

– Pas quand nous pouvons y remédier. Dis-je.

Elle replace ses lunettes et regarde l’horloge qui continue encore de tourner.

– La séance est déjà terminée Dayan. Ton prochain rendez-vous est la semaine prochaine, d’accord ? Dit-elle.

J’hochai la tête, comme si j’avais vraiment le choix de refuser. Je me levai du sofa. Elle me tendit la main, je fis de même et nous serrâmes nos mains. Elle me fit une nouvelle fois un sourire et m’indiqua la sortie. Je sortis dehors et allumai avec un briquet une cigarette.

Je n’ai pas vraiment d’endroit exact pour vivre. J’ai mon père c’est vrai, mais il est instable par moment. Non pas, que je ne le suis pas aussi, mais lui, c’est autrement.

Pour l’une des rares fois, j’ai pu parler d’elle. J’ai pu décrire quelque chose lui appartenant et je suis plutôt satisfait. Aujourd’hui, la journée à l’air d’être bonne malgré ce matin. Oui, lorsque je me suis réveillé dans mon lit, mon père n’était pas en train de dormir, il n’était pas bien et j’ai dû l’aider. Je ne suis pas dérangé par le fait de devoir l’aider, mais c’est surtout la cause du pourquoi, j’ai été obligé de le faire. J’ai dû être une nouvelle fois patient avec lui et ça ne change pas de d’habitude, de toute façon.

En y repensant ça commence déjà à m’énerver et ce n’est pas très bon pour moi de l’être. Alors, je pense à autre chose en terminant ma clope. Lorsqu’elle se finit n’étant pas entière au début, je la fous par-terre en faisant attention à bien l’écraser pour éviter de foutre le feu. On ne sait jamais. C’est un rituel que je fais à chaque mégot que je fous au sol. Je décide en vain de marcher sur un trottoir qui loge une rue. Des gens passent autour de moi, certains ont l’air pressés, d’autres non. Le temps passant lentement. C’est ennuyeux. Très ennuyeux.

Après quelques minutes à marcher, marcher et marcher, j’allume une nouvelle fois une cigarette. Je ne peux m’empêcher de le faire, il faut que j’en fume souvent. Je cherche mon briquet qui doit se trouver à l’intérieur de ma poche, une fois trouvé je l’allume et le met devant pour qu’elle s’allume. Puis l’apporte à mes lèvres. J’aime le goût.

C’est pourtant pas quelque chose de fascinant, mais ça me plaît et je crois bien que c’est l’essentiel. Le trottoir n’est pas si long que ça, il se termine vite et je dois traverser la route pour rejoindre celui d’en face. Lorsque je n’ai rien à faire, j’aime marché le long des trottoirs. Les gens peuvent croire que je suis un garçon ordinaire. Alors, que c’est l’inverse. Je suis tous, sauf ordinaire. Je suis peut-être solitaire par moment. C’est seulement parce que je n’aime pas les gens. J’aime pas quand ils respirent devant moi. Souvent ça m’énerve, ils peuvent pas le faire ailleurs ? Puis je n’aime pas parler. C’est pas souvent intéressant de parler avec eux. Surtout ceux de la fac.

A la fac, les cours sont aussi ennuyeux. J’y vais uniquement parce que je n’ai guère le choix. Ils me croient fou. Ils n’ont peut-être pas tort. En plus faut toujours y aller et des fois j’ai pas vraiment envie. Mais encore une fois, nous avons pas le choix.

– Dayan ? Tu entres ? M’interpelle une voix.

Je me tourne et c’est Terri le barman d’un bar. Je suis devant le bar et je crois qu’en m’ayant vu, il est sorti pour demander si je souhaitais entrer à l’intérieur. C’est ce que je fais en lui hochant la tête. Il sourit juste et se remet derrière le comptoir.

– Tu es allé voir cette femme ? Demande-t-il.

Il est au courant que je suis en quelque sorte suivi. Je ne répond pas et me contente juste de m’asseoir devant lui sur une chaise haute. Il a un petit rire.

– Tu ne comptes pas en parler, n’est-ce pas ? Dit-il.

Je le regarde droit dans les yeux. En réalité avec Terri, je n’ai pas besoin de parler, il semble comprendre tout ce que je ne dis pas. Et c’est étonnant par moment. Il sourit et essuie les verres qu’il vient de laver. J’attends devant le comptoir qu’il aille me servir.

– Une bière ? Demande-t-il.

Je hoche la tête et attends encore. Il vient enfin me servir cette bière que j’aime tant.

– As-tu vu, celle qui te plaît ? Me questionne-t-il.

Je n’ai pas forcément envie de répondre, mais je le fais quand-même.

– Hier. En cours. Dis-je.

Il hoche la tête et continue son petit train-train pendant que moi je bois. Alors que le silence est là, laissant juste le son de la télévision envahir l’espace de la pièce. Une personne entre à l’intérieur. C’est une fille blonde. Elle a l’air conne.

– Bonjour, êtes vous un bar ? Demande-t-elle.

Il y a juste écrit « Bar » en haut de l’entrée, mais à part ça, ce n’est pas un bar.

– Oui, que puis-je pour vous, mademoiselle ? Lance Terri joyeux.

Elle lui lance un regard et je n’ose pas vraiment regarder… Je tourne ma tête de l’autre côté en sirotant ma bière.

– Je voudrais un café, s’il vous plaît. Dit-elle.

Un café ? Elle veut boire un café dans un bar qui propose tous autres style de boisson ? Je n’aime pas ça, mais je ne dois rien dire.

– Un café ? Demandai-je.

Je me tourne vers elle et elle fait de même en me regardant perdue.

– Excusez-moi ? Dit-elle.
– Un café ? Vous avez commandé un café ? Un simple café ? Dis-je.

Elle me regarde surprise, a croire que c’est important, mais ça l’est pour moi.

– Oui, est-ce que ça vous dérange ? Questionne-t-elle.
– Non. Seulement quel est l’intérêt de prendre un café dans un bar lorsque vous avez dans celui-ci des boissons encore mieux que ça ? Dis-je.

Je ne suis pas dérangé par ça, c’est juste que je trouve ça absurde. Si je veux un café, je peux l’avoir chez moi gratuitement. Pourquoi gaspiller autant d’argent dans ça lorsque nous en avons gratuitement à la maison ? Et à volonté. Bon, oui faut payer le paquet de café, mais il dure un moment.

– Parce que je ne souhaite qu’un simple café d’ici. Dit-elle simplement.

Elle le dit simplement. Elle dit ça comme si c’était évident. Et ça ne l’est pas merde. Ce n’est pas évident. Et j’en suis presque frustré. Elle m’énerve. Je prends mes affaires dont ma bière et m’en vais. (J’ai bien sûr payé avant).

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